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La morve

Elise Costa, journaliste, auteure et maman, nous raconte sa rocambolesque cohabitation avec la morve.

Avant l’enfant, ce n’était qu’un concept.

Le mucus, et les fluides corporels de manière générale (couches sales, lait caillé, bave sur la télécommande), paraissaient comme quelque chose de bien peu ragoûtant dans l’absolu et avec lesquels il faudrait faire avec le moment venu.

Personne n’a envie d’imaginer la morve d’un autre être humain au point de la conscientiser, alors reconnaître que tôt ou tard il faudra entrer en interaction avec elle… La vie est bien trop courte pour se mettre la rate au court bouillon avec ce genre de pensées, et puis la déclaration d’impôts vient d’arriver.

Un jour, l’enfant est là. Et c’est super. Vraiment vraiment super. Malgré les couches sales, le lait caillé et la bave sur la télécommande. Tout ça, au fond, c’est gérable, et les fluides corporels deviennent un élément du quotidien aussi banal que celui de devoir passer l’aspirateur.

« Mais la morve n’est pas encore là.

Elle est tapie, dans l’ombre, à attendre le premier hiver. »

 

Mais la morve n’est pas encore là. Elle est tapie, dans l’ombre, à attendre le premier hiver. Et puis un jour, la morve est là. Elle coule dans les sinus, l’arrière-gorge, et si elle se sent un peu trop ignorée, la voilà qui décide d’emprunter tous les chemins et se met à couler par les yeux (certains appellent ça la conjonctivite, moi j’appelle ça une méthode déloyale). Bien sûr, l’enfant ne sait pas se moucher, puisque la liste des choses qu’il sait faire se compte sur un doigt. Il faut explorer les options, les techniques de combat : il y a le mouche-nez manuel, le mouche-nez électrique, le brumisateur d’eau de mer, la pipette de sérum physiologique, la méthode russe qui consiste à aspirer soi-même la narine.

Et pendant tout ce temps il faut dire à l’enfant que c’est pour son bien, qu’il faut le faire pour qu’il puisse enfin respirer et que la maladie ne s’aggrave pas, mais vous sentez bien que c’est devenu une affaire personnelle. Vous cherchez compulsivement « quel âge enfant sait se moucher » sur Google et la réponse vous glace le sang. La morve ne se laisse pas abattre. Elle revient toutes les deux-trois semaines, telle une longue nuit sans aube. Elle devient un nouveau fluide à étudier (est-elle transparente ou jaune pissenlit ? VERTE ? Jésus Marie Joseph.)

« La rhinopharyngite a compris qui était son maître »

 

Et puis un jour – et je vous promets que ce jour arrive – l’enfant sait se moucher. C’est à peu près à ce moment-là que les maladies de la petite enfance se raréfient. La rhinopharyngite a compris qui était son maître. C’est une victoire un peu amère, de celles où personne n’en sort vraiment grandi (ou l’enfant, peut-être). De temps à autres, une fois par an, la morve passe pour demander de vos nouvelles. Vous regardez vos embouts de mouche-nez à 1000 euros le kilo, le cœur palpitant. Mais c’est bel et bien fini. Les épisodes de morve sont derrière nous.

« Ce petit fluide est un liant de l’humanité »

 

Parfois, je me surprends à sortir un mouchoir en papier pour moucher un petit au parc. Car la morve me dégoûte toujours mais je n’ai plus peur d’elle. Elle n’est plus un concept : je sais que je peux l’éradiquer moi-même. Là où avant, c’était « chacun pour soi ». C’est dire si ce petit fluide est un liant de l’humanité.

Par Elise Costa
Journaliste freelance et auteure

Elise est journaliste freelance et l’auteure de «Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears» publié aux éditions Rue Fromentin. Elle aime écrire sur les Internets, les petits mystères et les grandes enquêtes. Vous pouvez la retrouver ici.

Une réflexion au sujet de « La morve »

  1. […] sur le MMMAG, une rocambolesque cohabitation avec la morve, un parent multi-créatif, des enfants qui écrivent au Président et une recette de gâteau au […]

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