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Portrait de famille du futur / La vie en technicolor

La vie en technicolor
de Maëva, Séba, Marlo et Frida

Dans le pigeonnier (baptisé la guinguette) restauré par Séba (architecte) et Maëva (professeur des écoles), tout – de la décoration, aux livres, en passant par les jouets, est méticuleusement non genré…

Séba, originaire du Venezuela, et Maëva se rencontrent sur les bancs de l’école d’architecture, à Toulouse. Séba a trouvé sa voix, Maëva, elle, se ré-oriente rapidement vers le design mode. Ces deux-là découvrent qu’ils partagent une vraie passion pour l’artisanat sud-américain et surtout pour les couleurs vives qui les « électrisent ». Leur pari d’une vie à deux gagné, notre joli couple fonde une grande et joyeuse famille.

Marlo (6 ans), Selmar (3 ans) et Frida (5 mois) sont peut-être les précurseurs d’une nouvelle façon d’éduquer les enfants : leurs parents ont, en effet, décidé d’opter pour un modèle d’éducation non genrée (dépourvu de stéréotypes sexués), mais garanti haut en couleurs.

De manière générale, dans notre société truffée de clichés, la séparation des genres commence au berceau. Pas chez nos deux tourtereaux ! Quand Maëva attend son premier bébé, se pose la question de son prénom mais aussi de son nom. En Amérique Latine, tout le monde porte deux noms de famille, celui du père en premier, suivi de celui de la mère. Par souci d’équité, Séba et Maëva décident que si l’enfant à venir est un garçon, il portera le nom de sa mère puis de son père et s’il s’agit s’une petite fille, le contraire. Avec l’échographie du 5ème mois arrive le verdict : ce petit garçon se prénommera : Marlo Simoneau Ruiz.

Dix ans maintenant que l’on est en droit, en France, d’accoler les deux noms de famille dans l’ordre qui nous sied, seulement combien de couples jouent aujourd’hui la carte de l’égalité et de la liberté ?

Quand on les interroge sur leur enfance et sur le fonctionnement de leurs parents, Maëva de répliquer : « Ma maman était une féministe de la première heure. À la maison, le partage des tâches, c’était du concret. Mon père cuisinait, s’occupait du linge, il m’a même appris à coudre – il faisait lui même ses ourlets ! – rires ». Quant à Séba, son frère et lui, ont très tôt mis la main à la pâte, car leur mère exigeait d’eux une participation aux tâches de la maison. Peut-on conclure à un héritage familial ?

Le déclic vis à vis des vêtements a eu lieu quand Maëva attendait Marlo. La future maman eu beau fureter dans les rayons estampillés « garçons », rien ne lui plaît. « Je ne me voyais pas habiller mon enfant comme un mini adulte. J’ai cherché des habits confortables, qui permettent une grande liberté de mouvement, ainsi qu’une certaine autonomie (en tant que maîtresse, je savais à quel point braguettes et autres boutons pouvaient représenter une difficulté au moment d’uriner!). J’ai ainsi découvert des marques suédoises, danoises… qui, exit les jeans, chemises et polos, proposaient des pantalons avec élastiques, des tee-shirts aux motifs ludiques et ultra colorés (rose, orange, violet…), le tout certifié œko-tex. Je me suis aussi et surtout beaucoup amusée à fabriquer les vêtements désirés !»

Féru de récup’ et d’objets vintage, Maëva et Séba chinent la plupart des jouets des enfants. Or, forcé de constater que les joujoux d’antan sont nettement moins genrés (ah la fameuse toupi, les billes, le bilboquet…). Aussi, à la guinguette, que l’on naisse garçon ou fille, peut-on jouer à la poupée, à la marchande, aux playmos ou à la dinette.

Avez-vous déjà remarqué que les jeux destinés aux garçons sont axés sur la science, la technologie, les métiers ou encore le sauvetage de l’humanité quand ceux des filles les familiarisent à la vie domestique : poupée, table à repasser, tête à coiffer… ?!

Pour ce qui est des chambres, elles font évidemment la part belle aux couleurs vives et aux tapisseries seventies… Les plafonds arborent montgolfières et mappemondes, quand les murs se tapissent aussi bien de fleurs que d’animaux de la forêt.


Si les jouets entretiennent un certain sexisme (89% des jouets dits -de filles- sont de couleur rose) et que la société véhicule encore de nombreux clichés, selon Maëva, « les interdictions stéréotypées, comme l’interdiction pour un garçon de jouer à la poupée, serait le reflet de certaines peurs. Le mythe persiste : de nombreux parents pensent que l’éducation qu’ils donnent à leur enfant, et les jouets qu’ils mettent à sa disposition feront – ou ne feront pas – de lui un homosexuel. Et si, le fait d’avoir joué à la poupée, enfant, faisait simplement du petit garçon, un futur bon papa ?! »

À l’image du coffre à jouets de Marlo, ses parents se répartissent les tâches du quotidien de façon très équilibrée et se sont octroyés, chacun leur tour, des congés parentaux, de même durée.

Néanmoins, il faut l’avouer, les enfants grandissants, l’affaire se corse un peu… Depuis son entrée à l’école, il arrive que Marlo dise de tel vêtement qu’il « fait fille » ou qu’il soit attiré par des jeux plus genrés, plus violents qui plus est !

Si Maëva et Séba continuent de se s’interroger sur leur parentalité et de prôner la parité au sein de leur foyer, ils se sont récemment lancé le défi de réduire leur production de déchets et le p’tit Marlo, à l’image de sa maman (qui chine, transforme et fabrique) n’a pas attendu bien longtemps avant de se présenter à ses copains comme un super-héros… Comme quoi il n’y pas d’âge ni de sexe pour participer au sauvetage de la planète !

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Photos : © Mespepinsderaisin

 

Par Marie Cochard
Journaliste et auteure Slow

Marie est l’auteure de « Les épluchures, tout ce que vous pouvez en faire et de « Notre aventure sans frigo », elle nous raconte avec passion comment vivre une vie plus slow.
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