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Portrait de famille du futur / La maison-vaisseau

La maison-vaisseau
de Pauline, Benjamin et Noéha

Il était une fois deux amoureux qui avaient la bougeotte. Il était une fois eux, devenus jeunes parents, qui rêvaient d’un nid entièrement autonome et construit avec des objets recyclés…


Ceci est l’histoire d’un coup de foudre, celui de Pauline Massart et Benjamin Adler (alors expatriés au États-Unis) pour une maison hors du commun, nichée dans les sables du Nouveau-Mexique, baptisée earthship (comprendre vaisseau de la terre). Après d’incroyables victoires et une kyrielle d’obstacles, les voici installés, avec leur petite fille, dans leur maison bioclimatique (également surnommée géonef).

Le déclic a eu lieu lors de leur séjour à Taos, où le couple s’était rendu pour un reportage que Ben, journaliste, réalisait. Après une semaine dans un Earthship vintage, Ben qui évoquait son coup de cœur à sa compagne, repartait avec l’intime conviction que c’était LA maison qui leur conviendrait. Pauline, de son côté, était un peu plus mitigée, doutant de la viabilité d’un tel projet. Mais à leur retour en France, les amoureux décidèrent de concert, de remuer ciel et terre afin de le concrétiser.

Conscients de leur manque de compétences et soucieux de se lancer dans un chantier qui pourrait durer plusieurs années, le binôme décide d’un commun accord, de réaliser les travaux avec des volontaires et ce en 24 jours !

« Nous sommes passés par Earthship Biotecture, qui a l’expérience des matériaux, du volontariat… pour réaliser le gros œuvre, le tout en 4 semaines !»

Le prêt et le permis de construire en poche, Pauline et Benjamin, désireux que leur projet en encourage d’autres, partent sur l’idée d’un chantier-école. En créant la première académie en Europe, la construction du « home sweet home » de nos audacieux amoureux, offre la possibilité à 60 élèves de bénéficier d’une formation à la fois théorique et pratique, avec l’équipe de Taos et Mike Reynolds (l’architecte visionnaire, créateur du concept, qui a accepté d’encadrer le chantier participatif). « Nous n’y serions pas parvenu sans le soutien du maire et des voisins !». C’est en effet tout le village qui se mobilise alors pour collecter bouteilles de verre, cannettes (3000 au total !)… nécessaires à la réalisation des murs du Earthship.

Se lancer dans une telle aventure alors que Pauline et Benjamin n’avaient encore jamais été propriétaires, sacré défi… et, qui plus est, sans connaissance aucune de l’éco-construction.

« On n’avait jamais vissé deux planches ensemble. L’idée même de devenir propriétaires, ne nous tentait guère. La seule chose qui nous importait : rester nomades et libres.
Le Earthship semblait être la seule forme d’habitation à pouvoir nous offrir cette indépendance. Il existe évidemment d’autres options pour arriver à l’autonomie (tinyhouse…), seulement nous avions fait l’expérience de cet éco-habitat et savions qu’il avait fait ses preuves.»

Difficile d’imaginer l’extérieur et l’intérieur de la cette habitation à nulle autre pareil. Ce pourquoi, nous vous proposons une petite visite guidée. Commençons par le commencement, la maison se compose d’une serre toute en longueur (25m) orientée sud-est permettant d’en-magaziner la chaleur, stockée ensuite dans la masse thermique et fabriquée à partir de pneus tassés, qui composent le mur extérieur de la maison. Deux « sas » d’entrée, positionnés de chaque côté de la serre permettent quant à eux d’isoler avec encore plus d’efficacité la maison. Enfin, les pièces à vivre partent toutes de ladite serre, soit un salon, une cuisine / salle à manger, une buanderie où se situe le local technique, la chambre de Noéha, enfin, de la chambre de ses parents ainsi que la salle de bain. Les panneaux solaires installés sur le haut de la serre et un chauffe-eau solaire parachèvent de fournir l’énergie nécessaire au foyer, tandis qu’un toit en acier récolte l’eau de pluie dans des citernes enterrées.

Installés dans leur maison-vaisseau, Pauline et Ben disent se sentir désormais en adéquation avec les valeurs écologiques qu’ils défendent. Ils ont l’agréable sensation de vivre avec ce que la nature (soleil et pluie) leur offre au quotidien, s’éloignant petit à petit du système de consommation et de dépendance aux grandes entreprises. « Cette maison nous permet d’aller beaucoup plus loin dans l’autonomie et la liberté qui nous faisaient tant rêver» s’exclame Pauline.

Le mantra Pauline et Benjamin :

« Être libre. Se détacher de la pression financière. Avoir du temps pour être libre pour soi et pour les autres. Profiter, rester oisif, un brin insouciant. Toujours douter un chouia. Savoir déconstruire ce que les autres (famille, amis, société etc…) ont construit pour nous parfois. »

Pauline travaille encore tous les jours sur le chantier et commence à s’occuper du jardin. Leur nouvel objectif ? Se rapprocher de l’autonomie alimentaire. La jeune maman aimerait pouvoir bientôt relancer ses ateliers « zéro déchet » et souhaiterait même (pourquoi pas?!) joindre cette activité aux visites de la maison. Ben, de son côté, a vite repris son métier de journaliste, du reste il est souvent en déplacement.

Quant à Noéha, elle confie aimer sa « maison magique » et son long couloir baigné de lumière. Si elle ne comprend pas vraiment l’autonomie énergétique de celle-ci, elle peut dessiner sur les grandes vitres de sa chambre ou regarder les plantes pousser dans la serre, répétant régulièrement « pas de plastique dans la maison magique » ! 

C’est ainsi que nos earthshipers, enchantés par le résultat, espèrent, de tout cœur, que leur expérience et leurs erreurs aideront ceux qui voudraient tenter cette aventure, à leur tour…

Pour l’heure, la petite famille se retrouve et s’installe dans leur beau vaisseau :

« Une fois les finitions terminées, nous aimerions organiser une grande crémaillère ainsi que des visites mensuelles, afin de partager notre expérience avec le plus grand nombre. Nous ne manquerons pas de vous prévenir lorsque nous ferons des portes ouvertes ! (rires) »

En savoir plus :
Earthship Biras Dordogne
Earthship
Green It Yourself

Photos : © earthshipbiras

 

Par Marie Cochard
Journaliste et auteure Slow

Marie est l’auteure de « Les épluchures, tout ce que vous pouvez en faire et de « Notre aventure sans frigo », elle nous raconte avec passion comment vivre une vie plus slow.
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